
Un notaire ouvre une succession. Pas de testament, pas de famille connue, ou une famille dont on a perdu la trace depuis deux générations. Tant qu’on ne sait pas à qui revient le patrimoine, rien ne peut être réglé. C’est là qu’intervient la recherche d’héritiers, le cœur du métier de généalogiste successoral. Voici comment elle se déroule, qui la paie et combien de temps elle prend.
À retenir
- La recherche d’héritiers est confiée à un généalogiste successoral, mandaté par le notaire dans la plupart des cas.
- Personne n’avance de frais : le généalogiste se paie au succès, par un pourcentage sur la part des héritiers retrouvés, le plus souvent entre 20 et 40 %.
- Comptez de quelques semaines à plusieurs années selon la complexité du dossier.
- La déclaration de succession doit être déposée dans les 6 mois du décès ; un héritier retrouvé a 10 ans pour faire valoir ses droits.
La recherche d’héritiers, qu’est-ce que c’est ?
La recherche d’héritiers consiste à identifier, localiser et prouver la filiation des personnes appelées à recueillir une succession. Elle est confiée à un généalogiste successoral, le plus souvent par le notaire chargé du règlement. Une succession sur cinquante, environ, nécessite ce type d’enquête.
Trois situations la déclenchent. Le défunt n’a laissé aucune famille connue : personne ne s’est présenté chez le notaire, et l’état civil ne révèle ni conjoint ni descendant. Ou bien un héritier est identifié mais introuvable, parti à l’étranger, brouillé avec la famille, sans adresse depuis des années. Ou encore le notaire connaît des héritiers, mais veut s’assurer qu’il n’en oublie aucun : c’est la vérification de dévolution successorale, qui protège les héritiers connus autant que le notaire lui-même.
Qui mandate le généalogiste ?
Le notaire, dans l’immense majorité des cas. La loi du 23 juin 2006 encadre ce mandat : son article 36 réserve la recherche d’héritiers aux personnes qui justifient d’un intérêt direct et légitime à l’identification des successibles, et exige un mandat écrit. Le notaire a d’ailleurs tout intérêt à s’entourer de cette garantie. S’il règle une succession en omettant un héritier, sa responsabilité peut être engagée, et l’acte de partage remis en cause des années plus tard.
D’autres professionnels y recourent : les banques, tenues de rechercher les ayants droit des comptes inactifs, les assureurs, qui doivent retrouver les bénéficiaires de contrats d’assurance vie non réclamés depuis la loi Eckert, les syndics confrontés à un copropriétaire décédé, les collectivités, les avocats. Le point commun reste le même : un patrimoine en attente, et personne pour le recevoir.
Comment se déroule une recherche d’héritiers ?
Une recherche suit toujours le même fil, même si chaque dossier réserve ses surprises.
- Le mandat. Le notaire (ou la banque, l’assureur) confie le dossier au généalogiste avec les éléments dont il dispose : acte de décès, dernier domicile, bribes d’histoire familiale.
- La reconstitution de la famille. C’est le travail d’archives : registres d’état civil, tables décennales, archives départementales, listes électorales, fichier des décès de l’Insee, registres matricules. On remonte les branches, on redescend les descendances, parfois sur trois ou quatre générations et plusieurs pays.
- La localisation. Identifier un héritier sur le papier ne suffit pas, il faut le retrouver en chair et en os, à son adresse actuelle. C’est souvent la partie la plus longue.
- La révélation. Le généalogiste contacte l’héritier et lui propose un contrat de révélation : en échange d’un pourcentage sur sa part, il lui révèle la succession qui l’attend et prend en charge toutes les démarches.
- La certification de la dévolution. L’étude remet au notaire le tableau généalogique complet et les actes qui prouvent chaque filiation. Le notaire peut alors établir l’acte de notoriété, qui fixe officiellement la liste des héritiers.
- Le règlement. Le généalogiste représente l’héritier jusqu’à la liquidation, signe les actes en son nom s’il a reçu procuration, et le tient informé.
Sur le papier, six étapes bien rangées. Dans la réalité, un état civil détruit pendant la guerre, une naturalisation mal orthographiée ou un départ pour l’Argentine en 1923 suffisent à transformer un dossier ordinaire en enquête de longue haleine.

Combien de temps dure une recherche d’héritiers ?
De quelques semaines à plusieurs années. Un dossier simple, avec des héritiers en ligne directe restés en France, se boucle en un à trois mois. Dès que la recherche s’étend aux cousins, la durée s’allonge : les branches se multiplient à chaque génération, et il faut prouver chaque filiation par des actes. Les dossiers internationaux sont les plus lents, car chaque pays a ses règles d’accès à l’état civil, ses délais et sa langue.
Un point rassure souvent les héritiers déjà connus : la succession n’est pas perdue pendant ce temps. Elle est simplement suspendue jusqu’à ce que la dévolution soit certaine. Et les héritiers retrouvés disposent de dix ans pour exercer leur option successorale, c’est-à-dire accepter ou renoncer.
Ne confondez pas ces délais de recherche avec les délais fiscaux. La déclaration de succession doit être déposée dans les six mois du décès (un an si le décès est survenu hors de France), même quand des recherches sont en cours. Au-delà, l’administration applique des intérêts de retard, ce qui incite tout le monde, notaire compris, à ce que la recherche avance vite.
Qui paie la recherche ? Le contrat de révélation
Ni le notaire, ni la succession, ni les héritiers déjà connus n’avancent quoi que ce soit. Le généalogiste se rémunère uniquement auprès des héritiers qu’il retrouve, par le contrat de révélation : un pourcentage de la part nette que l’héritier recueille, fixé avant toute révélation. Ce pourcentage varie selon la difficulté des recherches et l’éloignement du lien de parenté, le plus souvent entre 20 et 40 %.
Le mécanisme peut surprendre, il a pourtant une logique simple : le généalogiste travaille à ses risques. Si la recherche n’aboutit pas, ou si l’héritier renonce à la succession, l’étude supporte seule les frais engagés. L’héritier, lui, ne débourse jamais rien de sa poche : les honoraires sont prélevés sur ce qu’il reçoit, au moment où il le reçoit. S’il ne touche rien, il ne doit rien.
Ce contrat suppose un véritable aléa. Les tribunaux annulent régulièrement les contrats de révélation signés avec des héritiers qui auraient de toute façon été informés de leurs droits, par exemple parce que le notaire connaissait déjà leur existence et leur adresse. Une étude sérieuse ne fait signer que lorsque son intervention apporte réellement quelque chose. Le détail de notre barème est présenté sur notre page honoraires.
Et si aucun héritier n’est retrouvé ?
Quand les recherches n’aboutissent pas, ou que tous les héritiers renoncent, la succession est déclarée vacante. Le tribunal en confie la curatelle à l’État, via le Domaine, qui gère les biens, paie les dettes et conserve le solde. Si personne ne se manifeste dans les délais, la succession tombe en déshérence : l’État recueille définitivement le patrimoine. Ce dénouement reste rare. Une famille, même très éloignée, existe presque toujours ; encore faut-il la trouver.
Vous avez été contacté par un généalogiste : que faire ?
Un courrier d’une étude généalogique vous annonce que vous pourriez être héritier dans une succession, sans en dire davantage. Réflexe sain : la méfiance. Vérifiez que l’étude existe, qu’elle a des bureaux et une histoire, appelez-la, demandez le nom du notaire chargé du dossier. Un vrai généalogiste ne vous demandera jamais d’argent, ni un relevé bancaire, ni un paiement pour « débloquer » quoi que ce soit.
Une fois la vérification faite, répondre est dans votre intérêt. Tant que la dévolution n’est pas complète, le notaire ne peut rien régler, pour vous comme pour les autres héritiers. Prenez le temps de lire le contrat de révélation avant de signer, posez vos questions sur le pourcentage et sur ce qu’il couvre. Rien ne vous oblige à signer sur-le-champ.
Questions fréquentes
Quel est le prix d’une recherche d’héritiers ?
Rien à avancer, pour personne. Le généalogiste est payé au succès, par un pourcentage sur la part des héritiers retrouvés, généralement entre 20 et 40 % selon la complexité du dossier et le degré de parenté. Si la recherche échoue, l’étude assume les frais.
Le notaire est-il obligé de rechercher les héritiers ?
Le notaire doit s’assurer de la dévolution exacte de la succession avant de la régler : il engage sa responsabilité s’il omet un héritier. Quand ses propres vérifications ne suffisent pas, il mandate un généalogiste successoral.
Puis-je refuser de signer le contrat de révélation ?
Oui, la signature est libre. Mais sans contrat, le généalogiste ne révèle pas l’origine de la succession, et vous devrez établir seul votre qualité d’héritier. Vous pouvez aussi renoncer purement et simplement à la succession, par exemple si elle est déficitaire : dans ce cas, vous ne devez rien au généalogiste.
Combien de temps un héritier peut-il se manifester ?
L’option successorale se prescrit par dix ans à compter de l’ouverture de la succession. Passé ce délai, l’héritier qui ne s’est pas manifesté est réputé avoir renoncé.
Une succession bloquée ? Parlons-en
Notaire à la recherche d’héritiers introuvables, ou particulier contacté au sujet d’une succession : l’étude Guénifey répond à vos questions et étudie chaque dossier avant tout engagement. La recherche ne vous coûtera rien tant qu’elle n’a pas abouti, c’est le principe même du métier.




